De l’écriture anglaise à la plume Sergent-Major : l’écriture de nos aïeux
· Par L’équipe du Journal de MamiePourquoi l’écriture de votre arrière-grand-mère est-elle si régulière, si penchée, si différente de la nôtre ? Parce qu’elle a été apprise — au sens fort du terme : des heures de lignes, de pleins et de déliés, sous l’œil du maître d’école. Pour lire les documents du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, rien n’aide autant que de connaître cette histoire : celle de l’écriture anglaise, puis de la plume Sergent-Major.
1851 : cinq écritures officielles
Au milieu du XIXe siècle, on n’écrivait pas « une » écriture, mais plusieurs, selon l’usage. Un arrêté de 1851 énumérait encore cinq écritures enseignées : la gothique, la bâtarde, la ronde, la coulée et la cursive. La ronde, posée et verticale, servait aux titres et aux registres ; la bâtarde et la coulée, héritées de l’Ancien Régime, aux documents soignés ; la cursive, à tout le reste. C’est cette dernière, sous l’influence du modèle anglais, qui allait s’imposer partout.
L’écriture anglaise : les pleins et les déliés
L’écriture anglaise — les Anglo-Saxons disent copperplate — se reconnaît au premier coup d’œil : penchée régulièrement vers la droite, elle alterne traits épais à la descente (les pleins) et traits fins à la montée (les déliés). Cet effet est produit par la plume métallique, qui remplace la plume d’oie au cours du XIXe siècle : souple, elle s’ouvre sous la pression et laisse plus d’encre. C’est l’écriture des registres d’état civil, des correspondances familiales et des actes notariés du XIXe siècle. Elle est élégante mais piégeuse : les « n » et les « u » se confondent, les « e » ressemblent à des « c », et les majuscules calligraphiées — grandes boucles ornées — déroutent souvent les lecteurs d’aujourd’hui.
1882 : la plume Sergent-Major entre en classe
En 1882, au moment même où l’école devient gratuite, laïque et obligatoire, apparaît une plume métallique qui va marquer des générations d’écoliers : la plume Sergent-Major, du nom d’un grade militaire. Fine, rigide juste ce qu’il faut, trempée dans l’encre violette de l’encrier de porcelaine, elle impose la cursive scolaire de la IIIe République : lettres liées, boucles régulières, majuscules simplifiées. Des années 1880 jusqu’à l’arrivée du stylo à bille dans les écoles, au milieu des années 1960, presque tous les Français apprennent à écrire avec elle. Si vous savez lire l’écriture d’un cahier d’écolier de 1930, vous savez lire les lettres, les cartes postales et les journaux intimes de toute cette période.
Petit lexique des abréviations familières
Dans la correspondance courante, on abrégeait sans complexe : « Mr » et « Mme » pour Monsieur et Madame, « qq » pour « quelque », « bcp » pour « beaucoup ». Plus déroutant pour nous : les mois d’automne s’écrivaient volontiers « 7bre », « 8bre », « 9bre » et « Xbre » — pour septembre, octobre, novembre et décembre, d’après les anciens noms latins des mois. Une lettre datée du « 15 8bre 1912 » a donc été écrite le 15 octobre, non le 15 août.
Dater un document par son écriture
Cette histoire vous donne un outil précieux : l’écriture date le document. Des pleins et déliés très marqués, une pente régulière et des majuscules à volutes ? Vraisemblablement le XIXe siècle. Une cursive scolaire appliquée, aux boucles bien rondes, à l’encre violette ou noire ? L’école de la IIIe République — votre document date probablement de la période 1890–1960. Un tracé au stylo à bille, plus relâché ? Après 1960. Ce simple repérage vous dit à quelle génération de la famille attribuer une lettre sans signature.
Lire ces écritures aujourd’hui
L’écriture anglaise et la cursive Sergent-Major sont régulières — c’est leur force pour nous. Une fois les confusions classiques connues (n/u, e/c, majuscules ornées), la lecture progresse vite. Et quand une main est trop personnelle ou une encre trop pâlie, l’intelligence artificielle offre une première transcription fiable, que vous vérifiez ensuite à votre rythme, l’image sous les yeux.
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