
Dans presque chaque famille sommeille un cahier de recettes : des pages couvertes d'une cursive à la plume, des mesures d'un autre temps, des annotations glissées entre deux recettes. Envoyez une photo et remettez ces recettes sur la table.
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Un cahier de recettes manuscrit est rarement une simple liste de plats. Entre la brioche du dimanche et le pot-au-feu se glissent des dates de fêtes de famille, le nom de la voisine qui a donné la recette, des coupures de journaux collées, parfois un petit dessin. Beaucoup de cahiers traversent trois ou quatre générations : l'arrière-grand-mère le commence, la grand-mère le complète, la mère y glisse des feuilles volantes. Ces cahiers sont de véritables autobiographies culinaires : ils racontent ce que la famille pouvait s'offrir, les produits de la région, les fêtes que l'on célébrait, et la façon dont les goûts ont changé au fil des décennies. Un cahier commencé vers 1900 ne raconte pas la même histoire qu'un cahier des années 1950 — mais tous deux sont précieux.
La plupart des cahiers anciens sont écrits dans la cursive apprise à l'école, à la plume Sergent-Major. Mais la difficulté ne tient pas qu'à l'écriture : les recettes emploient des abréviations que personne n'explique, et surtout des mesures d'autrefois — une livre de farine (environ 500 grammes), une once de beurre (une trentaine de grammes), une pinte de lait (près d'un litre), sans parler du « verre à moutarde », de la « noix de beurre » ou du « four doux ». Et comme la cuisinière écrivait pour elle-même, il manque souvent des étapes entières : « faire comme d'habitude » remplace la demi-page d'explications qu'on attendrait aujourd'hui. Une bonne transcription ne se contente pas de déchiffrer l'écriture : elle rend le texte de nouveau utilisable en cuisine.
Le papier vieillit mal dans une cuisine : taches de graisse, vapeur, farine et des décennies d'usage laissent des traces. Beaucoup de cahiers ont des pages détachées, des rousseurs, des coulures d'encre qui compliquent encore la lecture. Et lorsque la dernière personne capable de lire couramment cette écriture disparaît, c'est tout un pan de la culture familiale qui s'éteint avec les recettes. Transcrire le cahier, c'est sauver bien plus qu'un texte : c'est préserver un morceau de vie quotidienne — et pouvoir refaire la tarte aux pommes de 1936 telle que mamie la préparait, mesures anciennes comprises. Une fois transcrites, les recettes se partagent facilement avec les enfants et petits-enfants, pour que le goût de la famille continue de se transmettre.
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